Skiptrace (2016)

Résumé : Un policier d’Hong-Kong doit retrouver un joueur américain, venu se cacher en Europe avec une mafia russe et une organisation criminelle chinoise à ses trousses.

Critique : 

Depuis quelques années, nous pouvons sentir un coup de vieux chez Jackie Chan (Police Story), alors que sa carrière cinématographique décline tranquillement au même rythme que l’acteur gagne des cheveux blancs. Plusieurs fans espéraient que Skiptrace marquerait un nouveau divertissement de qualité de la part de l’acteur asiatique. Malheureusement, Skiptrace est le pire film de Jackie Chan depuis plus d’une décennie…

Un des derniers grands policiers d’Hong Kong, Bennie Chan tente de traquer un dangereux criminel nommé Victor Wong, et ce depuis une décennie. Lorsque la nièce de Chan est menacée par le syndicat criminel de Wong, Bennie est forcé de retrouver le seul homme pouvant l’aider, un parieur américain nommé Connor Watts, qui est également en fuite de l’organisation de Wong et d’un assassin russe. Retrouvant Watts en Sibérie, Chan tentera par tous les moyens possibles de ramener Watts vivant à Hong Kong…

Skiptrace pose un problème assez intéressant dans la mesure où sa première heure est terriblement ennuyeuse. La formule qu’emprunte le long-métrage est peu originale. À un ou deux détails près, Skiptrace raconte la même histoire qu’un bon nombre de comédies d’action mettant en vedette deux personnages qui ne peuvent pas se sentir mais qui doivent travailler ensemble pour une raison bien importante. Le film ne fait rien pour changer cette formule, ce qui est en soi le moindre souci de ce divertissement, car même un long-métrage peu original aurait été mille fois supérieur au produit fini qu’est Skiptrace.

Le grand problème narratif du film se trouve dans son humour offensant et irritant. Croyez-le ou non, Skiptrace semble avoir été scénarisé par des gamins de cinq ans que seule la mention du mot pénis pourrait les faire rire. Même que les scénaristes ont osé insérer une scène où Jackie Chan doit empoigner l’organe sexuel de Johnny Knoxville… Était-ce nécessaire?? Aucunement, mais cela doit bien faire rire quelques pervers ou adolescents aimant ce genre de blague. Vous voulez d’autres exemples, en voici!! Un homme a des cheveux longs; faisons une blague sur ses cheveux. Une femme a des gros seins; faisons une blague sur sa poitrine. Un personnage fait un parallèle entre la taille des cheveux et l’endurance sexuelle masculine; faisons une blague sur les relations sexuelles. Skiptrace est essentiellement composé de l’humour enfantin typique de la filmographique de Jackie Chan, mais le tout est poussé à un extrême si lointain que cela devient perturbant, et à la limite offensant. Le seul moment réellement drôle du film se trouve dans une scène où un cheval se met à faire caca pendant que les deux acteurs principaux discutent. Et pourtant, ce moment est plus un faux-raccord conservé au montage qu’une véritable tentative de la part des scénaristes d’être drôles et intéressants.

Sinon, comme mentionné plus haut, le tout n’est qu’un ramassis de moments peu originaux. Skiptrace ne fait que réutiliser une formule déjà établie avec des thèmes déjà éprouvés et des concepts déjà explorés dans des longs-métrages de Jackie Chan. Même que le long-métrage n’est ni plus ni moins qu’une version bas de gamme de Rush Hour, une version qui aurait été écrite par des enfants. Et pourtant, lorsque j’étais prêt à arrêter de visionner Skiptrace pour regarder un divertissement de qualité supérieure (Lire ici un film de Steven Seagal…), le film surprend avec un dernier acte assez étonnant. Sans rien dévoiler, Skiptrace part alors dans une autre direction avec un revirement de situation inattendu qui offre trente minutes de divertissement génial en devenant un film d’action sombre et sérieux.

Est-ce que trente minutes de divertissement peut sauver le navet que représente Skiptrace?? Aucunement, puisque cette dernière section semble provenir d’un autre long-métrage supérieur en termes de qualité. C’est un peu comme si à un moment donné, les scénaristes s’étaient réveillés de leur coma créatif pour tenter de créer un film minimalement intéressant. D’ailleurs, dans les deux premiers tiers du long-métrage, nous sommes aussi témoins de quelques moments où Skiptrace nous sort des séquences provenant de nulle part; comme une scène où l’intrigue s’arrête littéralement pour nous lancer à la figure un numéro musical reprenant un classique d’Adele, ou pour nous montrer les personnages principaux manger des testicules…

À la réalisation, nous avons un certain Renny Harlin (Cliffhanger), un cinéaste américain en dérive depuis le milieu des années 90. Pour ceux qui espéraient que Skiptrace soit sa planche de salut risquent d’être déçus alors que le réalisateur ne fait pas le moindre effort pour rendre le film divertissant. Il ne se contente que de vomir les plans de caméras qui composent ce film, sans tenter de faire quelque chose de plus grandiose que la plupart des productions amateurs de ce monde font déjà. Non pas que Skiptrace soit hideux, mais il est juste dommage que nous devant un énorme téléfilm de trente millions de dollars. Et les fans de scènes d’action à la Jackie Chan, vous serez déçus car, mis à part une introduction assez artificielle et une chouette bataille dans un usine de poupées russes, Skiptrace est assez anémique sur ce point, n’offrant que le minimum syndical…

Comme si ce n’était pas assez, nous devons également subir le montage atroce de Derek Hui (Man of Tai Chi)Judd H. Maslansky (Zodiac) et de David Montz (Jerry Maguire). Les trois hommes nous offrent un fil linéaire saccadé, avec plusieurs séquences qui démarrent abruptement ou qui se terminent de la même façon. Et, il ne faudrait pas oublier la direction photographique de Chi-Ying Chan (The Man with the Iron Fists) qui rend la plupart des décors artificiels, même si l’intrigue se déroule essentiellement dans les plus beaux décors de Chine et de Russie. Pire encore, à cause de Chi-Ying Chan, les séquences filmées en studio donnent parfois l’impression que Chan et Knoxville tournaient leurs scènes dans des décors de plastique.

Le dernier clou de la tombe de Skiptrace se trouve dans sa trame sonore qui souffre du même problème que celle de Suicide Squad. En effet, le film de Renny Harlin s’entête à lier les scènes du long-métrage des succès «populaires». Sauf qu’au lieu d’utiliser des chansons cultes, Skiptrace choisit de nous présenter des chansons de «grand-mère» assez endormantes. Entre deux succès, il y a évidemment la trame sonore soporifique de Kwong Wing Chan (La franchise Internal Affairs), qui est assez désagréable à entendre…

Pour ce qui est du duo composé de Jackie Chan (Police Story) et de Johnny Knoxville (Jackass), les deux hommes n’ont aucune chimie. De plus, nous avons l’impression à assister à un combat de coq pour savoir lequel des deux acteurs est le plus drôle. Heureusement, Bingbing Fan (X-Men: Days of Future Past) est là et elle propose une interprétation à la hauteur de son talent. Eve Torres (The Scorpion King: The Lost Throne) a aussi une bonne présence dans un rôle secondaire digne du «Terminator de la Sibérie». Winston Chao (1911: Revolution) et Eric Tsang (Internal Affairs) sont également présents au générique dans des rôles secondaires.

Skiptrace est un film assez pénible à visionner. L’humour handicape ce divertissement à un point tel qu’il est incapable d’offrir autre chose qu’une histoire déjà vue des milliers de fois et un vidéo-clip de Jackie Chan chantant un peu d’Adele. Certes, le dernier tiers de l’œuvre sauve l’intrigue et les personnages d’un naufrage certain. Mais la majorité des spectateurs se seront probablement endormis avant d’atteindre ce moment critique…


Réalisation : Renny Harlin

Scénario : BenDavid Grabinski, Jay Longino, Wen-Chia Chang

Avec : Jackie Chan, Johnny Knoxville, Bingbing Fan, Eve Torres, Michael Wong, Eric Tsang

ARQ (2016)

Résumé : Prisonnier d’un laboratoire et coincé dans une boucle temporelle, un couple désorienté tente de repousser des assaillants masqués tout en travaillant sur une source d’énergie pouvant sauver l’humanité.

Critique : 

Netflix continue sur sa lancée et nous offre cette fois-ci un nouveau film à se mettre sous les dents. Avec ARQ, cette plateforme offre la chance à Tony Elliott, le scénariste de la série culte canadienne Orphan Black, la chance de réaliser son premier long-métrage. Il en découle un petit film d’action / science-fiction qui tente de réinventer une formule utilisée de nombreuses fois par Hollywood.

Le beau matin d’un futur apocalyptique, à 6H16, Renton se réveille aux côtés d’une ancienne amoureuse pour découvrir que leur réunion est sabordée par l’arrivée d’un quatuor de criminels venus cambrioler son domicile. Enfermés et ligotés dans une pièce, les deux êtres saisiront de cette opportunité pour riposter et sauver leurs vies. Malheureusement, tout partira rapidement en vrille et Renton sera tué. Néanmoins, Renton se réveillera de nouveau, à 6H16, avec tous les souvenirs de sa précédente mort. Réalisant qu’il est coincé dans une boucle temporelle, Renton tentera par tous les moyens de se sortir de cette situation…

Oui, nous savons que ce vous êtes en train de penser. Voici un autre long-métrage traitant de boucles temporelles… Et bien vous avez raison jusqu’à un certain point puisque le film décide de se concentrer sur ses personnages au lieu de se focaliser sur l’action ou sur le concept en lui même. Cette stratégie permet à ARQ de rester à mille lieux de classiques du genre comme Source Code ou Edge of Tomorrow, deux films qu’ARQ ne pouvait rivaliser avec son budget de deux millions de dollars.

Et pourtant, cela ne signifie pas que Tony Elliott se contente de nous pondre un long-métrage ennuyeux. Dès la première scène, le réalisateur / scénariste nous embarque dans la folie de son scénario avec la première version du braquage à domicile. Cela fait en sorte que le spectateur peut entrer directement dans l’action, sans se soucier des personnages et de l’univers où vivent ces derniers. ARQ commence avec un bang et il continue sur cette lancée à chaque boucle temporelle où nous assistons essentiellement à un duel à la mort entre Renton, Hannah (son amie de cœur) et les quatre bandits. Cela ne veut pas dire que nous n’allons pas apprendre à connaître le duo de protagonistes et leurs assaillants. Tony Elliott utilise son concept temporel pour livrer des informations supplémentaires sur la situation et sur les personnages à chaque boucle, évitant ainsi la redondance et créant aussi un élément de surprise totale pendant une vaste majorité du film. Et lorsqu’ARQ décide de donner à Hannah la possibilité de se souvenir des boucles temporelles, nous assistons alors à un revirement de situation qui apporte lui aussi son lot de surprises et de situations inattendues.

Néanmoins, tout n’est pas rose puisqu’après une heure, le troisième acte du long-métrage nous réserve une nouvelle surprise dont nous allons taire le dénouement. Jusqu’à ce moment bien précis, ARQ était étonnant et imprévisible. Il parvenait même à être plus intelligent que le spectateur moyen. Mais, avec trente minutes à faire, tout change et ARQ devient un thriller d’action prévisible et un peu stupide. En temps normal, cela ne serait pas problématique mais puisque nous sommes devant une heure de bon divertissement, il est juste dommage que le tout se termine en queue de poisson. Surtout que les derniers instants du film n’aident aucunement la cause avec une résolution finale décevante apportant plus de confusion qu’autre chose. Aussi, le fait que toute l’intrigue du film se déroule dans une maison pour rabrouer quelques spectateurs. Cela n’empêche pas ARQ d’avoir du rythme, mais quelques personnes pourraient être irritées par ce fait démontrant du budget assez faible de cette production. Et finalement, il nous faut noter quelques incohérences qui démontrent rapidement les limites du concept mis en place par Elliott

Heureusement, ce dernier signe ici une excellente réalisation. Il use pleinement les moyens mis à sa disposition et nous offre des images minutieusement préparées. Nous avons l’impression que l’homme a planifié pendant des mois son tournage, alors que chaque scène est fluide et compréhensible. Tony Elliott nous offre même de longs plans superbles, tant dans les moments tendus ou musclés. En somme, il est capable de faire bien mieux qu’une vaste proportion des cinéastes d’action ou de thriller de nos jours. Notons également la direction photographique de Daniel Grant (Into the Forest), qui est extrêmement solide pour 99% des scènes, ne montrant que des moments de faiblesse lors d’une courte scène se focalisant sur l’extérieur de la maison de nos héros.

Notons aussi qu’ARQ offre toute une classe de maître aux nombreuses productions aux budgets semblables (Et aux budgets supérieurs…) qui sont incapables d’offrir des effets spéciaux de qualité. À ce niveau, le long-métrage de Netflix est fort joli avec des effets numériques crédibles et des projections de sang qui le sont tout autant. ARQ est également agréable à écouter grâce à la musique de Keegan Jessamy et de Bryce Mitchell qui ont composé une trame musicale puissante en émotions et très agréable aux oreilles. Leur sonorité n’est peut-être pas très originale, mais elle est diablement efficace.

En tête d’affiche, Robbie Amell (The Flash) et Rachael Taylor (Transformers) sont plutôt crédibles dans les rôles de Renton et Hannah. Les deux acteurs ne gagneront aucun prix pour leurs interprétations, mais leur grande chimie permet aux deux interprètes d’assurer à l’écran. Gray Powell (Hollywoodland)Jacob Neayem (Degrassi: The Next Generation)Shaun Benson (General Hospital) et Adam Butcher (Mirror, Mirror) sont les quatre criminels de service. À défaut qu’être superbes dans ces rôles, nous pouvons noter beaucoup de professionnalisme chez ces acteurs, rendant leurs interprétations crédibles.

ARQ ne révolutionne pas la roue du divertissement, mais il permet d’obtenir 90 minutes de pur divertissement. Pour sa première pellicule, Tony Elliott offre un thriller surprenant rivalisant sur de nombreux points avec ce que Netflix a à offrir de mieux Certes, ARQ ne peut rivaliser en termes de spectacle et de grandiosité avec les Groundhog Day et Edge of Tomorrow de ce monde. Mais il parvient à faire plus de choses que la plupart des films indépendants ne peuvent réaliser : offrir un grand spectacle.


Réalisation : Tony Elliott

Scénario : Tony Elliott

Avec : Robbie Amell, Rachael Taylor, Gray Powell, Jacob Neayem, Shaun Benson, Adam Butcher, Jamie Spilchu

Keanu (2016)

Résumé : Des amis tentent de récupérer un chaton volé en devenant des trafiquants de drogue pour un gang de rue.

Critique : 

Dans le paysage cinématographique québécois, il y a quelques studios que l’on pourrait qualifier de paresseux. C’est le cas de Warner Brothers qui, pour des raisons financières sûrement valables, décide souvent de distribuer leurs films au Québec sans leur donner un doublage en français. Ce qui fait que des grosses productions comme The Water Diviner, Inherent Vice ou Max ne parviennent pas à rejoindre les gens de notre belle province et restent coincés dans les deux métropoles, trônant sur quelques écrans tout au plus. Ce fut le cas de Keanu, une comédie d’action qui n’a pu se mériter qu’une sortie en Blu-ray / DVD toute discrète…

À l’intérieur d’une église quelconque, deux tueurs à gages attaquent une organisation criminelle et tuent tous ses membres avant de s’amouracher d’un petit chaton. La police débarque sur les lieux et le chaton s’enfuit jusqu’à la porte de Rell Williams, un homme en peine d’amour. Ce dernier adopte rapidement l’animal et se met à l’aimer tendrement jusqu’au jour où un gang de rue entre par effraction chez lui et kidnappe ledit chat. Avec l’aide de son cousin, Rell infiltra l’organisation criminelle à la recherche de son animal domestique, mais ils sont loin de se douter qu’ils ne sont pas les seuls à la recherche de ce chat.

Keanu ne méritait pas une vulgaire sortie en DVD pour le grand Québec, tandis que le reste du Canada avait la chance de découvrir ce long-métrage, l’été dernier, sur grand écran. Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que nous avons ici un long-métrage parfait. Keanu offre un bon 90 minutes de divertissement axé sur une histoire que le moindre des mortels pourrait considérer comme une réécriture parodique de John Wick. Jusqu’à un certain point, cela est véridique, sauf que le film est en question est une énorme lettre d’amour au cinéma. Certes, Keanu vise plus spécifiquement le cinéma de Warner Brothers (Matrix, New Jack City…), mais il reste un hommage sympathique au septième art.

Le film nous raconte principalement les aventures de deux gars qui s’improvisent criminels. Et nous retrouvons dans la structure de l’œuvre le principal défaut de Keanu car le long-métrage jouit d’une trame narrative en escalier. Plutôt que de suivre une virée chaotique dans le monde illégal, nous avons ici un scénario construit en forme d’escalier. Nous suivons les héros à leur domicile, puis à dans un bar, puisque à une maison, puis dans un bar et finalement dans une maison. Croyez-le ou non, mais c’est un résumé grossier de l’entièreté du fin, d’un générique à l’autre. Et les séparations entre ces sections sont parfois si brusques que nous avons parfois l’impression d’assister à un pur montage. Tandis que chaque moment semble plus décalé que l’autre… En fait, Keanu se compare simplement à un montage de courts-métrages, certains sont hilarants, d’autres sont ennuyeux; mais ils font tous avancer l’intrigue du film dans la même direction.

Aussi, Keanu a la fâcheuse habitude d’être prévisible dans la mesure où il nous donne des informations aléatoires (Comme le fait qu’un personnage n’a pas de permis de conduire.) de façons si peu subtiles que nous savons immédiatement que ces choses seront cruciales à un moment donné. Durant ces moments, nous avons l’impression que le film se comporte comme un ami qui tente subtilement de chuchoter à voix haute une information secrète, comme s’il ne savait être discret dans l’expédition de ses propos. Mais, cela ne veut pas dire que Keanu est un film ennuyeux. Car, rappelons-nous que le film a plusieurs cartes dans sa manche et qu’il délivre plusieurs gags réussis et hilarants. Nous pouvons principalement noter l’amour que porte les scénaristes envers un populaire chanteur des années 80, ce qui nous permet d’avoir quelques rires biens gras durant un livraison de drogue. De plus, Keanu a dans sa manche quelques caméos crédités et non-crédités qui apportent également de l’énergie au long-métrage; rendant imprévisibles des situations qui seraient habituellement ennuyeuses.

Derrière la caméra, Peter Atencio (Jean-Claude Van Johnson) démontre une pleine maitrise des deux genres cinématographiques du film, la comédie et l’action. Le réalisateur sait comment balancer ces deux éléments pour créer une dynamique qui semble sur le papier être parfaite. En fait, cette dynamique serait parfaite si ce n’était du scénario et du montage qui délivrent l’aspect saccadé de Keanu que nous avons mentionné plus haut. Et pour soutenir un autre fait précédemment mentionné, nous pouvons sentir chez Atencio un amour énorme pour le cinéma, un amour qui se ressent avec la passion que l’homme semble mettre en ce projet. De plus, le réalisateur a été capable de rendre le chat de l’histoire adorable, faisant de ce petit animal une vedette à part entière. Lorsque la boule de poil est à l’écran, nous sommes incapable de détourner du regard cette petite bête. Et oui, le réalisateur parvient à nous faire verser quelques larmes…

Par-contre, il nous faut vous parler des effets numériques de Keanu qui laissent un peu à désirer, tant les gicles de sang que les écrans verts. Il est dommage qu’un long-métrage d’une telle envergure n’ait pas pris le temps de peaufiner cet aspect. Par-contre, il nous est impossible de dire si le chaton présent dans des séquences d’action est un véritable animal ou une animation par ordinateur, ce qui est une bonne chose. Enfin nous croyons… Sinon, la trame sonore de Keanu offre quelques bonnes notes, supportant avec brio la trame narrative. Et, l’abondance des chansons phares de la musicographie de George Michael aide également cette cause…

Interprétant les rôles titres, les vedettes de l’émission Key and Peele (Jordan Peele et Keegan-Michael Key) ont une belle chimie et livrent de bonnes performances qui ont le mérite d’être efficaces à défaut d’être subtiles. Method Man continue à assurer dans le rôle d’un méchant gangster, un rôle qu’il a déjà interprété dans le passé, comme dans Sinners and Saints. Pour sa part, Tiffanu Haddish (The Carmichael Show) est assez faible et fade dans un rôle de soutien assez important. Notons également les caméos crédités de Will Forte (The Lego Movie)Luis Guzmán (Boogie Nights), Nia Long (Friday) et de Keanu Reeves (The Matrix).

Certes, nous ne sommes pas en face d’un grand film. En fait, Keanu est tout simplement un numéro comique digne de Saturday Night Live qui étire la sauce pendant 90 minutes. En parvenant à offrir un film amusant, Keanu a malheureusement oublié qu’il était important d’offrir une trame narrative logique qui n’est pas constituée d’une série de courts-métrages. Mais, si je prends en considération le fait que je suis entré dans ce délire félin avec aucunes attentes, je suis simplement content d’avoir vécu un bon moment de cinéma et d’avoir assisté aux mésaventures du plus beau chaton au monde…


Réalisation : Peter Atencio

Scénario : Jordan Peele, Alex Rubens

Avec : Jordan Peele, Keegan-Michael Key, Tiffany Haddish, Method Man, Darrell Britt-Gibson, Jason Mitchell, Jamar Malachi Neighbors, Luis Guzmán, Will Forte, Nia Long, Keanu Reeves

Daredevil – Saison 2 (2016)

Résumé : Alors que Matt pensait avoir rétabli l’ordre dans la ville, de nouvelles forces destructrices apparaissent à Hell’s Kitchen. L’homme sans peur affronte désormais un nouvel adversaire, Frank Castle, et retrouve son amour de jeunesse, Elektra Natchios.

Critique : 

Après une première saison plus que parfaite, Daredevil revenait en force avec une intrigue palpitante centrée autour du Punisher et d’Elektra, deux membres importants de la mythologie du super-héros aveugle. Malheureusement, il était évidant que le programme de Netflix ne pouvait faire mieux que l’année où elle a perdu sa virginité avec treize épisodes magnifiques. Il ne restait qu’à savoir jusqu’où la chute de la série allait s’arrêter. Heureusement pour nous, Daredevil a su accuser le coup avec une nouvelle d’épisodes forts divertissants.

Maintenant qu’il a libéré New York de Wilson Fisk, Daredevil est occupé à combattre la guerre des différents groupes criminels qui tentent du vide créé par l’absence du criminel. Néanmoins, un nouveau justicier est en ville. Ce dernier est en quête de vengeance et il attaque tous les malfrats de la ville à coups de balles. Tandis que les victimes s’accumulent, Matt Murdock utilise ses talents d’avocat et de justicier pour retrouver cet homme. Néanmoins, il est loin de se douter que dans l’ombre se cache une menace lugubre pesant sur la métropole; une menace qui intéresse grandement une flamme du passé tumultueux de Murdock.

Ce qui différencie les adaptations télévisuelles de Marvel et les adaptations cinématographiques, c’est le traitement apporté aux méchants. Car, avec plusieurs épisodes en banque, la télévision peut se permettre d’offrir un développement égal et détaillé aux gentils de l’histoires, et aux vilains. Durant sa deuxième saison, Daredevil a commis l’erreur d’introduire deux nouveaux héros à la série, Elektra et le Punisher. Pour les non-initiés, disons simplement ces deux êtres ont marqué la carrière littéraire du diable d’Hell’s Kitchen et qu’ils avaient connu jusqu’à ce jour des adaptations un peu douteuses au grand-écran. Mais, pour revenir à nos moutons, la présence de ces deux héros ont causé tellement de tort à la série, que nous sommes presque devant une douzaine d’épisodes insupportables.

En réalité, la façon la plus imagée de représenter Daredevil serait de vous dévoiler cette dernière comme étant un «Grand Canyon» télévisuel. La saison démarre en lion avec une intrigue réglée au quart de tour racontant la lutte entre notre héros favori et le Punisher. Ce dernier est adapté à la perfection et la série laisse le temps aux deux personnages d’exprimer leurs points de vue, avec des poings et des mots. Pour faire court, le Punisher est simplement en quête de vengeance Et lorsque Daredevil parvient enfin à amener le Punisher à la justice, il est assez intéressant de voir le parallèle que la série fait avec le système carcéral américain. Ensuite, la série décide de s’attaquer à Elektra, un autre personnage emblématique que Daredevil travaille à la perfection. Si nous tairons les motivations de son retour, sa présence apportera le chaos nécessaire dans la vie de notre protagoniste. Elle est digne de sa version littéraire, avec une sensualité et une folie bouleversante. Certes dans le dernier tiers de la saison sa présence sera peut-être anecdotique, mais cela n’est pas le principal défaut de la série.

En fait, le véritable problème de Daredevil se trouve dans sa gestion des personnages et de son intrigue. Est-ce intéressant de voir Daredevil et Punisher combattre des criminels locaux? Oui. Est-ce intéressant de voir Daredevil et Elektra combattre des ninjas? Oui. Néanmoins, il aurait juste fallu que les scénaristes de la série pensent à lier ces deux moitiés de l’intrigue. Rien n’unit ces deux éléments, faisant en sorte que nous avons constamment l’impression de passer du coq à l’âne. Pire encore, lorsque nous sommes avec le Punisher, nous avons simplement envie de retourner aux côtés de la belle Elektra et vice-versa.  Il aurait été si simple de faire en sorte que les destinés de ces deux personnages se croisent, que ce soit par un objectif ou un ennemi commun. Mais non, à la place, nous avons ce qui semble être un long montage maladroit de deux saisons télévisuelles. Évidement, la série finit par rattraper le tir pour les derniers épisodes. Mais ce n’est pas à cause de la sagesse ou de l’intelligence des scénarios. Pour réparer le bazar qu’ils avaient créé, les écrivains ont décidé d’utiliser la solution la plus simpliste qu’ils avaient sous la main. Ils ont tout simplement choisi de faire revenir une bonne portion des personnages symboliques de l’année dernière. Cela a le mérite d’être divertissant, mais ce n’est aucunement original, surtout que certains d’entre-eux n’ont aucune utilité réelle à la série. Pire encore il aurait été assez facile de les remplacer par des personnages moins importants de la mythologie du justicier aveugle. Parlant de personnages douteux, il nous faut mentionner brièvement le fait que Karen Page est devenue le personnage à tout faire. Pour cette saison, les scénaristes n’avaient pas la moindre idée de la trajectoire de Page, tandis qu’elle oscille entre le métier de «détectrice privée», d’avocate et de journaliste. Si nous sommes chanceux, elle deviendra peut-être une actrice pornographique comme sa version littéraire, dans la troisième saison. De plus, Daredevil manque cruellement de dilemmes moraux et religieux, alors que le père Lantom n’est présent que dans le quatrième épisode de la saison…

Sur le plan technique, Daredevil continue à impressionner. Avec des moyens financier plus importants, la série parvient toujours à mettre de l’avant des prouesses remarquables, avec des explosions, des fusillades et des combats plus généreux. Nous avons même le droit à une nouvelle séquence de combat brutale digne d’Oldboy. Par-contre, il est dommage que Daredevil n’ait pas de combat brutal et remarquable dans les derniers épisodes. Certes, visionner le super-héros combattre une horde de ninjas représente un peu délice, mais lorsque le justicier doit battre le chef de ces hommes de main, le tout devient ennuyeux et répétitif. Pourtant, la solution à ce problème-ci se trouve dans le scénario de la série et non dans la technicalité de cette dernière. Aussi, il nous faut noter les prouesses du département des costumes qui ont refait l’apparence de Daredevil, en plus de façonner les bases des célèbres costumes d’Elektra et de Punisher. Et sur le plan musical, il n’y a rien à dire alors que John Paesano continue sur sa lancée avec des trames sonores plus que parfaite.

Au niveau du casting, Daredevil continue à impressionner. Tous les membres du casting de la première saison sont de retour en force et offrent tous des performances exemplaires, surtout Elden Henson (La saga Hunger Games) dont le personnage vit une saison assez mouvementée. Pour sa part, Jon Bernthal (The Walking Dead) est tout simplement magnifique dans le rôle du Punisher, et il nous offre une performance signe des meilleurs acteurs de ce monde. Par-contre, Elodie Yung (Banlieue 13: Ultimatum) est assez fade et elle peut être énervante par moments; ce qui ne l’empêche pas de rendre justice au personnage d’Elektra. Stephen Rider (The Host) et Michelle Hurd (The Glades) sont également présents dans des rôles récurrents.

La deuxième saison de Daredevil n’est pas parfaite, mais elle a au moins le mérite de divertir. Maintenant que l’effet de surprise s’est estompé, elle devait se reposer totalement sur son intrigue et ses personnages pour recréer le succès de la première saison. Mais sa vague d’épisodes décousus ne permet pas de réussir cet exploit. Heureusement, Daredevil ne perd pas pied et parvient à nous offrir un pays final plus qu’exemplaire, digne du meilleur de la télévision américaine. Et avec une série dérivée sur le Punisher en préparation, nous pouvons réellement dire que Daredevil n’a pas raté son coup avec cette deuxième saison.


Créateur : Drew Goddard

Diffusée sur : Netflix

Avec : Charlie Cox, Deborah Ann Woll, Elden Henson, Jon Bernthal, Elodie Yung, Stephen Rider, Rosario Dawson, Royce Johnson, Susan Varon, Michelle Hurd, Marilyn Torres, Geoffrey Cantor, Ron Nakahara, John Pirkis, Scott Glenn, Peter Shinkoda

Urge (2016)

Résumé : Un groupe d’amis voit leur séquence de débauches partir en vrille lorsqu’ils deviennent dépendants d’une drogue mystérieuse.

Critique : 

Il n’y a pas de mauvaise façon de dire que l’été 2016 fut assez médiocre en termes de sorties cinématographiques. Néanmoins, il ne faudra pas compter sur Urge pour mettre un peu de piquant dans nos longues soirées moroses. Mais, si vous êtes un grand consommateur de cocaïne, il se pourrait bien qu’Urge soit pour vous…

Une fin de semaine de débauche prend un tournant dangereux lorsque le propriétaire mystérieux d’une boîte de nuit introduit une nouvelle drogue à un groupe d’amis. Privés de leurs inhibitions, ces derniers vivent leurs plus grands fantasmes, mais ce qui débute en une folle nuit d’excès se transforme rapidement en une soirée mortelle, tandis que l’île paradisiaque où se trouve ce groupe se détériore en une maison de fous tropicale.

Même si cette critique d’Urge risque d’être assez sévère, il nous faut concéder le fait que le long-métrage n’est pas un divertissement ennuyeux; il est simplement un divertissement qui ne divertit pas. Grâce à sa bande-annonce, nous pouvions voir en ce film un projet cinématographique qui avait le potentiel d’être épique. Après notre visionnement d’Urge, il nous faut maintenir cette remarque car, effectivement Urge avait une excellente idée entre les mains. Malheureusement, à la suite d’un générique d’ouverture constituée d’une orgie sadomasochiste explicite, le long-métrage ne fait que trébucher dans les fleurs du tapis et peine à générer un divertissement crédible.

D’abord, nous avons la première section du film qui se veut être une sorte d’hommage raté à la célèbre série That’s 70 Show. Cette partie nous permet d’explorer la personnalité des personnages artificiels et pas crédibles du film, qui sont en réalité des clones déviants du casting principal de cette populaire série. Il y a le stupide, la garce, le gars normal en couple avec une femme trop bien pour lui, celui qui a une relation étrange avec le sexe féminin et le maniaque des conspirations ayant un penchant pour la drogue (Ce dernier est bien évidemment interprété par Danny Masterson…); bref ce sont tous des répliques des personnages de ladite émission. Les scénaristes ont simplement concocté une mauvaise reprise de la série avec des dialogues ennuyeux qui tentent d’être inutilement drôles (Comme nous avons ri lors de la scène où le «personnage stupide» fait des cocktails avec de l’alcool vieux et onéreux…). Les séquences de ce tiers d’apportent rien surtout toutes les informations utiles sont discréditées dès qu’Urge se met à imiter From Dusk Till Dawn

Oui, car lorsqu’Aaron Jaufman sent que l’histoire d’Urge doit finalement débuter, il nous offre un viol complet de la célèbre séquence du bar de From Dusk Till Dawn en remplaçant Salma Hayek par Kea Ho, productrice du long-métrage qui n’appairait que dans cette scène pour d’obscurs raisons. Il est assez difficile de voir en quoi ce moment est utile à l’intrigue d’Urge puisque de toute façon les personnages principaux vont de procurer de la drogue sans son aide. Et si vous espérez qu’Urge continue sur la même lancée que le classique de Robert Rodriguez vous avez tort, puisque le film décide à nouveau de partir sur de nouvelles bases en devenant ni plus ni moins qu’un film s’inspirant des longs-métrages de John Carpenter. Certes, cet autre changement scénaristique nous permet d’apprécier le mystérieux antagoniste interprété par Pierce Brosnan, mais trois scènes sympathiques ne peuvent sauver tous les problèmes que ces pirouettes scénaristiques créent.

urge-blurayCar, en valsant allégrement entre ces trois univers, Urge accumule sans cesse les incohérences et déconstruit à chaque fois ses personnages principaux, pour, par-exemple, changer subtilement la nature d’idiot de service pour en faire le seul personnage sensé de l’histoire tandis que les autres protagonistes deviennent des lunatiques. Néanmoins, cela n’est qu’un artifice pour cacher le fait qu’Urge n’a pas de contenu. Il ne s’y passe rien. Nous ne voyons que quelques jeunes adultes qui consomment de la drogue et qui subissent les effets de celle-ci, sans rien de plus. Et n’espérez pas que le film deviennent aussi outrageux que son générique d’ouverture. Vous serez dans le déni puisque ce film n’offre rien de plus violent ou plus sanglant que le thriller moyen réalisé par n’importe quel réalisateur de seconde zone puisse vous offrir. Si la perspective de voir un personnage avoir une relation sexuelle avec de la nourriture ou une sortie de Fight Club du pauvre vous excitent, et bien Urge pourrait être une recommandation. Mais, il nous faut également noter que ce film a une scène post-générique impliquant des zombies. Ce n’est aucunement une révélation, puisque toute l’intrigue régulière d’Urge ne comprend pas de morts-vivants et n’a aucuns liens avec ces derniers…

En plus de signer le scénario du long-métrage, Aaron Kaufman, un collaborateur récent de Robert Rodriguez, livre ici sa première réalisation. Malheureusement, ce dernier se contente nous offrir un rendu digne du téléfilm moyen, alors que rien ne nous est présenté avec énergie et que tout est découpé atrocement pour éviter de montrer les quelques rares moments intéressants du scénario. En réalité, les seuls séquences où nous pouvons sentir un réalisateur investi en son projet demeurent les scènes de sexualité non-explicites, les courts montages vomitifs qui assaisonnent Urge et la séquence montrant des zombies. La direction photographique n’est pas mieux en n’offrant que le minimum syndical. Et que dire des effets spéciaux qui sont presque dignes des productions d’Asylum. Pour un long-métrage mettant en vedette quelques vedettes d’Hollywood, nous pouvions réellement espérer quelque chose de mieux. Idem pour la trame sonore qui est tout simplement ennuyeuse et peu originale, et qui ne mérite par une réelle élaboration de notre part.

Dans le rôle «phare» du long-métrage, Justin Chatwin (Funkytown) offre une performance honnête, en contraste avec le reste du casting qui est franchement mauvais; surtout Danny Masterson, de la série That 70’s Show, qui reprend essentiellement le rôle qu’il avait dans la populaire émission. Si cela peut être une consolation pour certains, les deux frères connus de Masterson (Jordan Masterson (Last Man Standing) et Christopher Masterson (Malcolm in the Middle)) sont également présents dans des caméos assez étranges et louches. Pour sa part, Pierce Brosnan (GoldenEye) semble s’éclater dans ses quelques scènes en livrant une performance digne du Joker. Jeff Fahey (Machete) est également présent pour une courte scène, dans un rôle de «simili-figuration».

Nous avons ici un film si déprimant que la seule possibilité de finir rapidement cette critique demeure ma plus grosse satisfaction du visionnement d’Urge. Ce long-métrage est simplement une tentative amateur de répliquer quelques éléments marquants de la culture populaire dans un ensemble si bordélique que rien n’a du sens. Urge n’est définitivement pas un film à recommander, même si vous êtes désespérément en quête d’un divertissement…


Réalisation : Aaron Kaufman

Scénario : Jerry Stahl, Aaron Kaufman, Jason Zumwait, Guy Busick

Avec : Justin Chatwin, Ashley Greene, Alexis Knapp, Bar Paly, Chris Geere, Nick Thune, Kea Ho, Danny Masterson, Pierce Brosnan, Jeff Fahey

Deepwater Horizon (2016)

Résumé : L’histoire derrière la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, qui a explosé en 2010 et qui a créé la pire catastrophe pétrolière de l’histoire des États-Unis.

Critique : 

Par sa nature même, le cinéma catastrophe est un genre assez complexe à adapter de par sa nature. Tout les longs-métrages de ce sous-genre suivent grossièrement la même formule, en mettant de l’avant une première moitié axée sur les principaux protagonistes de l’intrigue, avant de déchaîner les éléments destructeurs. Cela crée des histoires dont l’assemblage reste assez prévisible et redondante. Heureusement pour nous, Deepwater Horizon avait une carte cachée dans sa manche, car contrairement aux désastres fictifs relatant une facette fictive de l’apocalypse, le long-métrage nous relate un fait vécu ayant transformé la planète en 2010.

Mike Williams profite des derniers moments de son congé avec sa famille avant de retourner sur la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, où il occupe le poste d’ingénieur. Sur le transport le menant à son travail, il retrouve deux compagnons de travail, son superviseur Mr. Jimmy et Andrea Fleytas, navigatrice de la plateforme. Il découvre également que deux représentants de BP sont aussi du voyage pour forcer l’équipe à rattraper leur retard de toute urgence et à débuter dans les heures qui suivent l’exploitation pétrolière. Mais Mike était loin de se douter de la catastrophe qui allait en découler.

Même en ayant entre les mains un fait vécu et horrible, Peter Berg fut incapable de faire de Deepwater Horizon un film catastrophe totalement original. Au moins, nous pouvons nous consoler avec l’angle unique utilisé par ce film. Car, au lieu de créer des personnages typiques qui devront affronter un événement spectaculaire, le réalisateur nous offre ici de véritables êtres humains qui doivent combattre un problème qu’ils ont eux-mêmes créé. C’est un point sur lequel Peter Berg semble beaucoup insister, surtout dans l’introduction de Deepwater Horizon où le réalisateur tente de faire une dénonciation subtile de notre dépendance au pétrole. Comme s’il voulait nous faire comprendre que la mort de ces hommes est de notre faute, nous qui remplissons nos camions et nos avions polluant.

Également, Deepwater Horizon fait un excellent boulot pour vulgariser l’industrie pétrolière et l’accident en tant que tel. Le tout est si simplifié qu’une gamine est capable de résumer cette catastrophe dans un vulgaire travail scolaire, grâce à une scène diablement efficace est prémonitoire. Et, il faut également remercier le long-métrage qui se concentre essentiellement sur l’événement. Il aurait été si facile de raconter l’histoire des dirigeants en complets et cravates qui parlent en long et en large sur les raisons de l’accident et qui tente de trouver le coupable via une vulgaire commission d’enquête. Et pourtant le long-métrage nous joue un petit tour en ce domaine en introduisant son propos par la recréation de la véritable commission enquêtant sur cet événement.

Par-contre, tout n’est pas rose car Deepwater Horizon souffre d’un problème assez important. Ses personnages passent leur temps à disparaître pendant de longues périodes. Nous parlons ici surtout de ceux interprétés par Dylan O’Brien et John Malkovich qui sont assez secondaires à l’histoire. Entre le début de la catastrophe et les derniers instants du long-métrage, ces derniers sont absents pendant une bonne vingtaine de minutes. Et lorsqu’ils sont réintroduits dans le désastre de la plateforme pétrolière, nous sommes tellement concentrés par les images qui défilent devant nos yeux, que nous oublions complètement leur présence et leur raison d’être dans Deepwater Horizon. De plus, il aurait été sympathique que le long-métrage élabore un peu plus sur la présence de BP, ainsi que sur les raisons qui font que ce puis était extrêmement difficile à forer et que la plateforme tombait en ruine. Et, il y a aussi toute l’histoire du ciment expérimental qui traîne un peu en longueur et qui apporte une légère confusion.

Heureusement, c’est sur le plan technique que Deepwater Horizon brille le plus. Peter Berg (Lone Survivor) a misé sur une mise en scène très réaliste et très généreuse en émotions et en explosions. Dès que l’événement arrive, le réalisateur repousse les limites du septième art avec un spectacle si fort que quelques minutes supplémentaires auraient nui au film. Peter Berg nous offre un spectacle si puissant, qu’il nous est impossible de détourner du regard l’écran. Et le fait qu’il utilise des effets pratiques et une plateforme pétrolière aussi véridique que possible aide également cette impression. Deepwater Horizon est définitivement une expérience cinématographique à vivre au cinéma, idéalement en IMAX.

Aussi, nous pouvons sentir le respect du réalisateur envers les hommes et la femme qui ont traversé cet enfer. Il y a dans ses images un désir profond de raconter la réalité et de ne pas tenter d’offrir du spectaculaire, même si les faits en soi semblent irréels, Nous avons même le droit à un puissant hommage aux victimes et aux survivants de l’incident en guise de pré-générique de fin. Le seul reproche que l’on puisse faire au réalisateur, c’est le fait qu’il est parfois impossible de visionner ce que le réalisateur tourne, la faute à une caméra trop branlante. Notons également la trame sonore de Steve Jablonsky (La saga Transformers) qui crée une atmosphère oppressante, tirée aux couteaux. Jablonsky parvient à apporter une énergie supplémentaire au long-métrage, en signant l’une des meilleures compositions de sa carrière.

Dans le rôle titre, nous pouvons aussi retrouver un Mark Wahlberg (Lone Survivor) en grande forme. L’acteur nous livre une performance assez bouleversante, digne d’acteurs plus réputés. Même chose pour Gina Rodriguez (Jane the Virgin) qui a beaucoup d’assurance à l’écran. De plus, ils sont entourés par des Kurt Russell (The Thing) et John Malkovich (Burn After Reading) qui supportent parfaitement ce jeune duo. Dylan O’Brien (The Maze Runner), Kate Hudson (Almost Famous) et Ethan Suplee (American History X) sont également de la partie dans des rôles secondaires mais cruciaux. Le réalisateur de Deepwater Horizon, Peter Berg, s’offre également un petit caméo sur la plateforme pétrolière.

Deepwater Horizon propose l’un des meilleurs spectacles de l’année. Ce long-métrage n’a pas peur de dépasser les limites du septième art en offrant au cinéma catastrophe un représentant dont le réalisme impressionne. Peter Berg a voulu marquer les esprits avec ce film. Il a tenté de nous conscientiser sur notre consommation d’essence avec des images si violentes qu’elles risquent de donner des cauchemars aux cœurs sensibles et aux petits enfants. Il ne reste qu’à espérer que les éventuels  désastres hollywoodiens sauront s’inspirer de Deepwater Horizon


Réalisation : Peter Berg

Scénario : Matthew Michael Carnahan, J.C. Chandor, Matthew Sand

Avec : Mark Wahlberg, Dylan O’Brien, Kurt Russell, Kate Hudson, John Malkovich, Gina Rodriguez, Ethan Suplee, Douglas M. Griffin

The Siege of Jadotville (2016)

Résumé : Le commandant irlandais Pat Quinlan mène une résistance internationale face à un assaut organisé par une troupe de mercenaires français et belges.

Critique : 

Après Beasts of No Nation, Netflix récidive à nouveau avec un nouveau film de guerre historique se déroulant en Afrique. Ce continent est souvent oublié par Hollywood qui préfère mette en évidence des récits opposant la fameuse armée américaine aux Russes, aux Arabes ou aux Vietcongs. Cette fois-ci, le contexte est différent puisque les gentils de l’histoire sont des Irlandais et que les méchants sont des Français et des Africains. Mais cela ne veut pas dire que The Siege of Jadotville est un excellent film…

Lorsque le dirigeant d’une province du Congo meurt, une nouvelle ère politique débute avec un pouvoir militaire qui prend le contrôle de cette localité. Ayant peur que la Guerre Froide se transporte dans ce pays d’Afrique, l’Organisation des Nations Unies envoie des forces armées dans l’État du Katanga, afin de protéger la population de leur nouveau dirigeant, Moïse Tshombe. Mais lorsqu’une opération de l’ONU se révèle être un échec, il est clair qu’une escadron de l’armée irlandaise, envoyée pour protéger un complexe militaire éloigné, sera coincée derrière les représailles de Tshombe.

The Siege of Jadotville est l’exemple parfait de l’importance d’un scénario dans la création d’un film de guerre. Nous avons ici un long-métrage dont le concept lorgne de nombreuses productions plus réussies. Après-tout, quoi de mieux que de montrer un groupe de braves gens peu nombreux, sous-entraînés et sous-armés, se tenir debout et combattre une injustice. Cette histoire, nous l’avons vu des milliers de fois, mais il semblerait que Kevin Brodbin (Constantine) n’ait jamais visionné l’un de ces longs-métrages.

Pour réussir un film comme The Siege of Jadotville, il nous faut des protagonistes et des antagonistes crédibles. Malheureusement, le film n’a aucun de ces deux éléments cruciaux. D’un côté, l’armée irlandaise a à sa tête un commandant peu crédible qui est incapable d’avoir une véritable stature à l’écran. Même que son bras droit se révèle être un protagoniste plus crédible et plus envoutant. De l’autre côté, les forces ennemies ne sont représentées que par l’équivalent belge de la mascotte de la chaîne de restaurants KFC et que par un légionnaire français qui n’a que trop peu de temps à l’écran. Tous les autres membres importants des deux armées ne sont que des figurants, des figurants incapables d’avoir une véritable émotion ou un simple prénom, des figurants que The Siege of Jadotville n’a aucune envie de développer.

Pire encore, The Siege of Jadotville est un vrai bordel au niveau de sa construction. Puisqu’il n’y a pas de véritable ennemi à combattre, le long-métrage tente de reposer son intrigue sur le fait que Charles de Gaulle était de mèche avec Tshombe et sur le fait sur les têtes dirigeantes de l’ONU étaient des êtres incompétents, incapables de prendre une bonne décision. Mais, puisque The Siege of Jadotville est assez court (1H45, générique inclus), toute cette dimension politique apporte une lourdeur et un poids excessif à ce récit. Surtout que toute cette sous-intrigue est assez inutile et qu’elle retire du temps d’antenne aux véritables héros et méchants de cette bataille qui auraient pu y gagner une meilleure construction.

Car, si l’on revient à la bataille en tant que tel, The Siege of Jadotville est incapable d’offrir un véritable siège en tant que tel. De façon assez grossière, le long-métrage ne fait qu’alterner des séquences de politiques et des séquences d’action, où des africains attaquent en masse avant de repartir la queue entre les jambes. Cette alternance ne permet pas d’instaurer la véritable menace de ces forces internationales. Surtout que la morale qui ressort de ce combat, c’est que ces mercenaires et ces africains sont plutôt incompétents. Car malgré une supériorité numérique massive et de meilleures armes ne datant pas de la seconde guerre mondiale (Contrairement aux Irlandais qui combattaient avec des antiquités…), cette bataille s’est révélée être longue et ardue, avec une issue ne résultant que par un manque de munitions par une ou l’autre de ces parties; et avec cette alternance, The Siege of Jadotville ne fait rien pour calmer cette étrange impression d’échec.

Sur le plan technique, il est clair que ce long-métrage fut tourné avec les moyens du bord. Par-contre, Richie Smyth, un réalisateur de clips musicaux qui obtient ici ses débuts au cinéma, parvient livrer une signature visuelle permettant au film de Netflix de paraître plus riche qu’il ne l’est réellement. Avec cet atout dans la manche, Smyth réussit à créer des scènes d’action assez sympathiques avec un sens du grandiose bien placé. Pour autant, c’est le désert d’Afrique que le réalisateur respecte le plus, car malgré une présence minime, il fait de ce lieu un véritable personnage, avec des émotions créées par la cime menaçante des arbres ou la poussière intrusive engendrée par le sable.

Également, il nous faut noter que The Siege of Jadotville utilise un joli amalgame d’effets numériques et de miniatures qui apportent un côté rétro bien intéressant au long-métrage, un aspect qui s’agence parfaitement avec l’époque où se déroule le récit du film. Néanmoins, là où le film perd des plumes, c’est dans la trame sonore de Joseph Trapanese (Oblivion). Alors que le compositeur est possiblement l’un des bons musiciens d’Hollywood, Trapanese semble avoir réservé des restants de trames sonores pour The Siege of Jadotville. Nous avons constamment l’impression que le compositeur alterne entre une copie du travail d’Hans Zimmer et entre un western mexicain, apportant ainsi une musicalité légèrement étrange à ce divertissement.

Même en ce qui concerne les acteurs, il nous faut être en demie-teinte. Dans le rôle titre, Jamie Dornan (Fifty Shades of Grey) livre une bonne performance, mais il n’a malheureusement pas la stature nécessaire pour tenir le premier rôle d’un film de guerre. En comparaison, Jason O’Mara (Les films animés de DC Comics) est bien plus imposant et bien plus convaincant dans son rôle de soutien. Même chose pour Guillaume Canet (Jeux d’enfants) qui est assez persuasif dans son rôle sous-exploité. Nous émettrons un commentaire identique pour celui qui interprète le bras droit de Canet, un acteur capable de représenter une véritable menace malgré un rôle muet. Pour sa part, Mark Strong (Sherlock Holmes) est assez fade, avec une présence presque effacée et paresseuse.

En tentant d’être à la fois un film de guerre puissant et un film politique avec un fait historique à dévoiler et à dénoncer, The Siege of Jadotville avait un potentiel certain. Néanmoins, sa faible durée et les faiblesses du scénario font en sorte que le film devient une sorte de ragoût cinématographique avec des ingrédients qui fonctionnent pas entre eux. Chaque élément de cette pellicule fait de l’ombre à son voisin et la dualité qui ressort du scénario de Kevin Brodbin devient un poison dans cette adaptation d’un fait historique passionnant. Heureusement, Richie Smyth est là pour sauver le film d’un échec cuisant. Et même si le réalisateur ne brille pas par son talent, il est la raison principale qui fait en sorte que The Siege of Jadotville divertit le moindrement…


Réalisation : Richie Smyth

Scénario : Kevin Brodbin

Avec : Jamie Dornan, Mark Strong, Jason O’Mara, Mikael Persbrandt, Guillaume Canet, Sam Keeley, Michael McElhatton, Amy Louise Wilson, Ronan Raftery, Charlie Kelly

Inferno (2016)

Résumé : Robert Langdon se réveille dans une chambre d’hôpital à Florence, en Italie, avec aucune mémoire des derniers jours qu’il a vécu. Il est à nouveau la cible d’une chasse à l’homme mondiale, avec l’aide du Dr. Sienna Brooks, et avec son savoir de la symbologie, Langdon tentera de regagner sa liberté, ses souvenirs manquants, tout en solvant une énigme qui peut changer la face de l’humanité.

Critique : 

La saga du Da Vinci Code est de retour avec un nouveau volet relatant les nouvelles aventures de Robert Langdon en Italie. Malheureusement, les suites tardives ont la mauvaise habitude d’avoir la réputation de longs-métrages conçus pour récolter le plus d’argent possible en revivant des franchises que l’on croyait mortes et enterrées. Contrairement à ses rivaux, ce film avait le mérite d’offrir, selon les bandes-annonces, une véritable reprise d’une saga cinématographique aimée par de nombreux fans de partout dans le monde. Du-moins, c’est qu’Inferno tente de faire sur le papier puisque le long-métrage n’est qu’un vulgaire téléfilm de 75 millions de dollars, un long-métrage qui n’émoustillera que les mères au foyer en quête de frissons.

Quelque part en Italie, un homme est poursuivi par des autorités, dans une course qui se conclura au sommet d’un édifice. Plutôt que d’être arrêté, l’homme mystérieux décide de se suicider en se jetant du haut du bâtiment. Après un certain laps de temps, Robert Langdon se réveille amnésique dans un hôpital en Italie. Dans une confusion totale, le professeur parvient, avec l’aide d’une infirmière, à s’évader de sa chambre lorsqu’il est attaqué par une mystérieuse tueuse. Avec l’aide de la jeune femme, Langdon reprendre peu à peu ses esprits et découvrira qu’il est coincé malgré-lui dans une folle course contre la montre organisée par le suicidaire afin de récupérer un virus mortel pouvant tuer la moitié de l’humanité.

Malgré de nombreuses qualités techniques, Inferno se compare plus aux téléfilms diffusés en après-midi à la télévision qu’aux précédents volets de la populaire saga. Nous avons ici un long-métrage si ennuyeux que l’on a besoin d’un miracle pour ne pas s’endormir. Dans un effort confus pour adapter les nombreux revirements du roman de Dan Brown, Inferno ne fait que superposer des couches de mystères et de complications pour y créer une histoire si commune qu’il est possible de voir lesdits revirements dès le générique d’ouverture. Bon, cette déclaration est un peu exagérée, mais elle dénote tout de même un énorme problème du long-métrage.

Si Da Vinci Code souffrait d’une bande-annonce qui dévoilait tous ses revirements, Inferno jouissait d’une campagne publicitaire bien construite qui permet au spectateur d’entrer dans le long-métrage en ne connaissant que très peu de détails sur le déroulement de l’intrigue. Malgré un scénariste réputé (David Koepp, Jurassic Park), nous avons l’impression que le long-métrage est incapable de garder ses propres secrets. Les dialogues et les situations qui arrivent à notre héros débarquent avec si peu de réalisme et de fluidité que le spectateur averti saura résoudre le mystère d’Inferno bien avant que le personnage principal n’y parvienne. Certes, il y a une certaine logique dans ce problème dans la mesure où Robert Langdon est amnésique pendant une bonne partie du long-métrage et qu’il est victime de visions étranges et confuses, faisant en sorte qu’il n’est plus l’homme de la situation comme par le passé. Malheureusement, même si c’était possiblement la bonne chose à faire pour ce personnage, cela ne fait qu’apporter de la confusion et de la lenteur, qui profitent à notre sens de la déduction pour résoudre plus rapidement cette menace.

Parlant de cette menace, Inferno ne parvient pas à rendre celle-ci crédible. D’un côté, le long-métrage n’a pas de véritable méchant ou de menace crédible pouvant s’opposer à nos héros. Certes, des agents du gouvernement sont à ses trousses, tout comme une tueuse  étrangement peu crédible avec son costume de policière qui semble être un peu trop grande pour elle, mais ce n’est rien que Robert Langdon n’a déjà affronté par le passé. Et lorsque le véritable méchant se dévoile lors du dernier tiers, il est malheureusement trop tard pour que cela ait un impact quelconque. De plus, même si nous devons considérer qu’Inferno est une adaptation littéraire bâclée, il reste que la menace d’un virus pouvant décimer la moité de la population est tout simplement trop grande pour que l’on puisse croire qu’un simple professeur universitaire puisse sauver le monde. Et, à cause de la structure narrative impliquant la perte de mémoire de Langdon, nous n’avons pas l’impression que les autorités sont en mesure de sauver la planète, ou même qu’ils sont intéressés de faire leur boulot, laissant ainsi le sort de l’humanité entre les mains d’un érudit vieillissant et mentalement confus.

Sur le plan technique, même Ron Howard (Rush) semble être lassé par cette saga tandis que le réalisateur se contente d’offrir un long-métrage dénudé d’émotions. Howard se contente d’être sur le pilote automatique pour la majorité de cette production, tout en offrant un enchaînement de scènes peu inspirées dans ce qui semble être un long-métrage de commande pour le réalisateur oscarisé. Howard est tout simplement incapable d’insuffler une véritable énergie au scénario chloroformé de Koepp.

Même au niveau des effets spéciaux, Inferno déçoit. Dès le générique d’ouverture, le distributeur, Sony Pictures Canada, a préféré entrecouper le générique d’ouverture, qui semblait être magnifique, par les diapositives d’un Powerpoint monté par un étudiant fauché, au lieu de traduire les mentions du texte présent dans cette section ou de simplement mettre des sous-titres. De plus, la photographie d’Inferno souffre également d’un laxisme qui touche particulièrement la direction de la photographique, qui n’est efficace que lors de l’affrontement aquatique final.

Heureusement, Tom Hanks (Forrest Gump) supporte le film sur ses épaules en offrant pour une troisième occasion, une performance exemplaire en tant que Robert Langdon. Par-contre, nous ne pouvons pas en dire autant de Felicity Jones (Rogue One: A Star Wars Story) qui est assez fade dans le rôle d’une jeune infirmière à la rescousse de Langdon. Même chose pour Omar Sy (Intouchables), Sidse Babett Knudsen (Borgen) et Ben Foster (3:10 to Yuma) qui n’impressionnent guère dans leurs rôles respectifs. Par-contre, il nous faut également donner du mérite à Irrfan Khan (Jurassic World), qui avec un rôle assez minime, parvient à voler la vedette dans chacune de ses scènes.

Peu de gens sortiront d’Inferno avec une folle envie de revoir les aventures de Robert Langdon. N’étant qu’une adaptation inutile et peu énergique d’un roman populaire, ce long-métrage n’est pas un divertissement qu’il faut absolument découvrir à tout prix. À la place, il nous faut vous conseiller le roman, qui est, selon les rumeurs, grandement différent du produit qu’il est possible de découvrir en salles. Car, même les fanatiques des écrits de Dan Brown risquent d’être déçus par ce long-métrage…


Réalisation : Ron Howard

Scénario : David Koepp

Avec : Tom Hanks, Felicity Jones, Ben Foster, Irrfan Khan, Omar Sy, Sidse Babett Knudsen, Ana Ularu, Ida Darvish

The Dark Knight Rises (2012)

Résumé : Huit ans après l’anarchie créée par le Joker, Batman, avec l’aide de l’énigmatique Selina, est forcé de sortir de son exile et de rependre du service pour sauver Gotham City qui est au bord de la destruction, des mains de la guérilla urbaine menée par un terroriste nommé Bane.

Critique : 

C’est avec beaucoup d’attentes que débarqua The Dark Knight Rises en 2012. Il faut dire qu’avec le succès de The Dark Knight, les espérances pour ce chapitre ultime de la franchise créée par Christopher Nolan étaient élevées. Malheureusement, après la mort d’Heath Ledger, nous pouvions sentir à l’époque un léger vent de panique de la part de la production qui a dû modifier légèrement le scénario du long-métrage afin de laisser totalement le champ livre à Bane, qui allait connaître, pour  la deuxième fois, une adaptation cinématographique mitigée…

Huit ans après la défaite du Joker, Gordon est enfin parvenu à mettre toute la pègre de Gotham en prison, notamment grâce à une loi nommé «Dent Act». Au même moment, Leonid Pavel, un éminent scientifique est capturé par la CIA en compagnie d’un criminel nommé Bane. Sauf que ce dernier avait prévu cette opération et l’utilise pour faire passer Pavel pour mort, afin qu’il puisse l’aider dans sa grande entreprise de destruction qui vise Gotham City. Tandis qu’il se cache dans sa résidence depuis l’incident impliquant Harvey Dent, Bruce Wayne devra reporter pour une dernière fois le masque de Batman, afin de faire face à son plus adversaire à ce jour…

Même en n’étant pas un mauvais long-métrage, il n’est pas difficile de constater que The Dark Knight Rises est le maillon faible de la trilogie pilotée par Christopher Nolan. À sa décharge, il faut dire qu’il n’était pas difficile de ce long-métrage d’attendre ce statut peu enviable. Batman Begins est un sacré film et The Dark Knight est un film plus que parfait. Sans dire que The Dark Knight Rises est un certain échec, nous pouvons dire que ce long-métrage commet plusieurs erreurs de parcours.

Heureusement, le début du long-métrage laissait présager de grandes choses avec vingt-cinq minutes assez intenses. L’introduction de Bane est grandiose, notamment grâce à la réalisation de Nolan qui est parvenu à créer une cascade spectaculaire, et l’entrée en jeu de Catwoman / Selina Kyle était assez remarquable, en nous rappelant toute la sensualité et l’agilité de ce célèbre personnage. Malheureusement, le film prend une tente descendante qu’il ne quittera jamais par la suite, puisque le scénario du long-métrage est rempli d’incohérences et de drôleries. Et nous ne vous parlons pas même pas du fait que Batman est absent de la majorité du long-métrage. Certes cet élément est dommage et discutable, mais c’était un choix scénaristique nécessaire pour le sous-texte adopté par le film (L’égalité planétaire et les abus du système financier dénoncé par Occupy Wall Street.) et pour être capable d’expliquer la déchéance et l’abandon de Gotham City causé par Bane.

Hélas, les incohérences du scénario apportent un deuxième degré humoristique au long-métrage qui se plantent royalement sur de nombreux points, comme sur l’aspect financier. Une partie de l’intrigue du long-métrage repose sur la destruction de Bruce Wayne et de Batman, même si ces derniers sont déjà détruits au début de The Dark Knight Rises (L’entreprise Wayne est au bord de la faillite, Bruce Wayne vit coupé de la société et Batman est mort et enterré depuis longtemps.). Pour détruire totalement ces trois choses, Bane décide de supprimer les liquidités de Bruce Wayne grâce à une attaque armée à la bourse de Gotham City, histoire de plonger officiellement Wayne Enterprise et son propriétaire dans la faillite. Sauf que nous savons déjà que cela impossible dans la réalité, tout comme le fait que l’on puisse couper l’électricité sans préavis et que Wayne accepte pour sauver son entreprise de montrer un appareil potentiellement au potentiel destructeur à une pure inconnue.

Et le pire dans The Dark Knight Rises, c’est qu’il serait extrêmement facile de disséquer le long-métrage en de multiples incohérences, comme le fait que Batman puisse peinturer un pont de produits inflammables sans que personne ne puisse le voir ou que la police de Gotham City est assez stupide pour envoyer tous ses hommes au même endroit en même temps. Cela nous amène à parler des vilains de l’histoire, qui sont au nombre de trois. En fait, Catwoman ne compte pas réellement en tant que vilaine, même si elle travaille pour les méchants au début de The Dark Knight Rises afin d’y gagner une destruction complète de ses dossiers criminels numériques, ce qui en passant absolument inutile à cause des dossiers physiques que la police de Gotham City a à son sujet. Pour sa part, Bane connait une adaptation plus juste et fidèle à la bande-dessinée. Ce n’était pas difficile de faire pire que Batman & Robin à ce chapitre, mais les révélations finales de The Dark Knight Rises lorgnent dangereusement vers la version du personnage montrée le célèbre Batman & Robin. Et que dire du troisième antagoniste que le scénario tente de garder son identité secrète le plus longtemps possible, bien que le long-métrage ne fasse rien pour aider sa cause en mettant ce personnage à chaque fois que quelque chose de dramatique se déroule dans l’intrigue du film.

À la réalisation, Christopher Nolan (Inception) continue de mettre l’accent sur l’ambiance avec une réalisation perfectible notamment au niveau des scènes de combat qui nous montrent à nouveau un Christopher Nolan dépassé par les événements avec une gestion des figurants et des cascadeurs totalement chaotique. Cela n’empêche pas au réalisateur d’offrir plusieurs images puissantes comme lors de la destruction du stade de football de Gotham ou lors des explosions des ponts reliant cette ville au reste du continent américain. Également, il est un peu étrange que le réalisateur ayant ait choisi de vider complètement Gotham City lors de l’occupation de la ville par Bane, comme si toute la population de cette ville avait subitement disparue, même s’il n’y a aucun moyen de transport vers le continent.

Notons également l’apparition du Batwing, simplement nommé ici The Bat. Le célèbre appareil de Batman adopte ici une conception militarisée, à l’image du reste de la franchise et il faut donner du crédit au réalisateur qui a vraiment insisté pour inclure physiquement cet appareil, plutôt que de simplement lancer quelque chose de numérique dans les airs. Néanmoins, sa décision de filmer une bonne partie du long-métrage en IMAX devient avec l’âge de plus en plus discutable pour les personnes qui regardent le long-métrage sur Blu-ray et qui doivent subir constamment des changements de ratios. Également, notons brièvement qu’Hans Zimmer travaille en solitaire au niveau de la trame sonore. Nous pouvons sentir l’absence de James Newton Howard à ce chapitre, alors que nous sommes devant une trame sonore sympathique, mais inférieure aux précédents volets.

Christian Bale (American Psycho) est de retour pour une ultime fois derrière le masque de Batman et il continue à nous émerveiller en ayant un arc scénaristique plus étoffé qu’à l’habituel. Plusieurs acteurs font leur entrée dans la saga dont Tom Hardy (Mad Max: Fury Road) qui est parfait dans le rôle de Bane, avec une présence physique imposante, malgré un masque pouvant distraire certains spectateurs. Joseph Gordon-Levitt (Inception) a une bonne présence dans un rôle relativement inutile qui joue à l’agace pissette avec le mythe de Robin. Anne Hathaway (Les Misérables) a également une bonne présence dans le rôle de Catwoman. Malheureusement, nous ne pouvons pas dire la même chose de Marion Cotillard (Taxi) qui a une présence tout simplement exécrable à l’écran. Finalement, soulignons que Gary Oldman (Air Force One), Morgan Freeman (Se7en) et Michael Caine (The Prestige) sont de retour pour conclure avec brio cette trilogie.

Même en étant le maillon faible de cette trilogie, The Dark Knight Rises offre un divertissement sympathique qui conclut avec satisfaction cette saga cinématographique. Il est juste dommage que les faiblesses du scénario ne permettent pas à ce long-métrage d’être exemplaire car nous aurions pu avoir entre les mains la plus grande trilogie de l’histoire du cinéma. Qu’importe puisqu’il y a de pires adaptations du chevalier noir qui traitent sur le marché et il ne faudrait jamais oublier ce fait de nos folles mémoires…


Réalisation : Christopher Nolan

Scénario : Jonathan Nolan, Christopher Nolan, David S. Goyer

Avec : Christian Bale, Michael Caine, Gary Oldman, Anne Hathaway, Tom Hardy, Marion Cotillard, Joseph Gordon-Levitt, Morgan Freeman, Matthew Modine, Ben Mendelsohn, Juno Temple, Nestor Carbonell, Brett Cullen, Liam Neeson, Cillian Murphy, Aidan Gillen, Josh Stewart

The Nice Guys (2016)

Résumé : Durant les années 70, à Los Angeles, un duo improbable de détectives privés enquête sur la disparition d’une jeune femme et sur la mort mystérieuse d’une actrice pornographique.

Critique :

À une certaine époque, Shane Black fut le roi de la comédie d’action grâce à des œuvres comme Lethal Weapon ou Last Action Hero. Aujourd’hui, Black a bien mûri avec une carrière qui le place maintenant derrière une caméra. Après un passage chez Walt Disney, le réalisateur actuellement en plein tournage du prochain Predator, a décidé d’effectuer un retour aux sources avec The Nice Guys, une comédie d’action sortie directement en DVD l’année dernière au Québec.

Holland March, un détective privé, est engagé afin de retrouver une jeune femme disparue par une vieille dame un peu sénile. Malheureusement, cette enquête le mènera vers Jackson Healy, une brute aux services d’une mystérieuse Amelia, qui souhaite repousser ceux qui la traquent. Forcé par Healy d’arrêter son enquête, March retourne dans sa médiocrité jusqu’au jour où le colosse n’a d’autre choix que de l’engager pour retrouver Amelia, dont les liens avec la mystérieuse disparue font d’elle une cible pour de nombreux tueurs.

Oui, vous avez bien lu, The Nice Guys est sorti, étrangement, directement en DVD pour la majorité du Québec, après que Warner Brothers ait décidé d’annuler la sortie du long-métrage dans notre belle province, à l’exception d’une ville ou deux, pour des raisons obscures, et ce malgré une traduction québécoise et une campagne publicitaire bien présente… Quoi qu’il en soit, c’est sur le tard que je découvre aujourd’hui ce film qui, malgré de critiques très enthousiastes, n’a pas connu de véritable succès auprès du public.

Il est impossible de nier le fait que The Nice Guys est un bon film. Sans être un classique du genre, le divertissement de Shane Black se veut être un hommage aux films policiers des années 70 où les protagonistes de cette époque devaient résoudre des crimes dans une ville de Los Angeles corrompue où la violence, le sexe et la drogue sont omniprésents. Cette impression se transpose admirablement bien dans le film de Black avec la présence de deux héros qui doivent pénétrer le milieu de la pornographie afin de retrouver une fille disparue, une situation faisant écho à ce milieu qui, selon le cliché assez véridique, emprisonne ses travailleuses du sexe.

Et au cours de l’enquête que Black nous met en scène, nous avons le droit à plusieurs scènes drôles et à une investigation intéressante… pendant les deux premiers tiers. Le seul et unique problème de The Nice Guys, c’est qu’il est incapable de bien gérer sa prémisse. Possiblement parce qu’il a travaillé avec un scénariste débutant, Anthony Bagarozzi dont c’est le premier texte, Black semble perdre tous ses moyens dès que le personnage de Kim Basinger entre en scène, ce qui transporte l’histoire de deux hommes brisés qui naviguent dans la pornographie à deux hommes qui doivent affronter une conspiration impliquant le gouvernement et la mafia de l’automobile.

Ce changement drastique fait ressortir un léger pépin présent dès le début du récit et qui était gérable jusqu’à ce moment : The Nice Guys est presque une comédie à sketchs. Prises séparément, les scènes de The Nice Guys sont génialement avec un humour ratant rarement la cible et des dialogues souvent profonds sur le plan psychologique. Par contre, dans son ensemble, les scènes du film offrent une trame linéaire assez décousue où nous sautons parfois du coq à l’âne, passant d’un transport d’argent inutile à un voyage psychédélique en voiture avec une abeille. À quelques occasions, ce manque de fluidité déconcentre et force le spectateur à sortir du récit pour tenter de résoudre le fil narratif dans son esprit. Sinon, on notera également un léger manque d’originalité de Shane Black qui pige à quelques reprises dans ses anciens scénarios, reprenant notamment la scène d’interrogatoire avec des enfants de Lethal Weapon, par un moment similaire où les gamins sont remplacés par des écologistes et par un jeune voulant montrer ses organes génitaux pour quelques billets de dollars.

Heureusement, Shane Black est toujours un maître derrière la caméra. En trois longs-métrages le réalisateur a prouvé qu’il avait ce qu’il fallait pour tenir tête aux pointures d’Hollywood. Équipé d’un rendu visuel minutieux et d’un sens de la minutie parfait, Black parvient à compenser en grande partie les faiblesses de son texte. Sa réalisation est énergique rendant parfaitement hommage aux productions des années 70 avec une palette de couleurs tout simplement géniale. Néanmoins, malgré son passé dans de nombreuses productions d’action, le réalisateur semble être incapable d’offrir une bonne scène d’action dans The Nice Guys.

De façon assez étrange, le réalisateur est incapable d’offrir une bonne perspective à ces scènes, et ce même s’il a déjà excellé dans ce domaine par le passé. Il y a simplement quelque chose qui manque et qui fait en sorte que les positions des protagonistes et des méchants ne sont pas suffisamment illustrées. Cela peut paraître stupide, mais en ajoutant quelques plans larges et éloignés, ce pépin ne serait pas arrivé et nous aurions une meilleure lecture en sachant concrètement où ce beau petit monde se situe par rapport aux autres. Notons également que David Buckley (The Good Wife) et John Ottman (X-Men: Days of Future Past) livrent une trame sonore assez intéressante, mais avec une intrigue située dans les années 70, nous aurions préféré une présence plus accrue des succès disco et rock de cette époque…

Dans les rôles-titres, Russell Crowe (Gladiator) et Ryan Gosling (La La Land) parviennent à livrer d’excellentes performances avec une chimie plus que parfaite. Le seul élément négatif que l’on peut noter à propos de ces acteurs, c’est que Gosling pousse à de nombreuses reprises des cris aigus, ce qui énerve à la longue. Et puisque Shane Black a la réputation de créer des rôles de gamins mémorables, Angourie Rice (Spider-Man: Homecoming) obtient un personnage hilarant qui est interprété avec beaucoup de maîtrise par la jeune actrice. Sinon, Matt Bomer (White Collar), Margaret Qualley (The Leftovers), Keith David (The Thing), Beau Knapp (Southpaw), Lois Smith (Twister) et Kim Basinger (L.A. Confidential) ont des rôles secondaires dans cette production, où ils livrent tous des performances acceptables sans plus.

Sans rivaliser avec les classiques du genre, un genre qu’il a lui-même cocréé, Shane Black permet tout de même à livrer un divertissement adéquat avec The Nice Guys. Une révision plus poussée de son scénario ainsi qu’un montage et une réalisation plus minutieuse auraient permis au long-métrage de s’élever à la hauteur de la réputation de son cinéaste. Quoi qu’il en soit, The Nice Guys reste un bon choix pour animer une soirée cinématographique teintée de nostalgie et d’amour pour le cinéma des années 70 et pour l’ère du sexe, drogues et rock’n roll.


Réalisation : Shane Black

Scénario : Shane Black, Anthony Bagarozzi

Avec :  Russell Crowe, Ryan Gosling, Angourie Rice, Matt Bomer, Margaret Qualley, Yaya DaCosta, Keith David, Beau Knapp, Kim Basinger

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